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30 mars 2021 2 30 /03 /mars /2021 18:46

La légende de la Fontaine du Tové

Dans le pays de Faverges, au revers de la dent de Cons et sous le Champ-Belon, tourné vers le nord, se voit un petit domaine, connu sous le nom de la Biolle.

Au-dessous de ce domaine, sort du rocher un petit filet d'eau tombant dans un bassin (belle vasque taillée) et autour de celui-ci s'étend circulairement une jolie petit place, munie de bancs où reposent au frais, en été, les promeneurs. Aboutissant à cette petite place et le long de la colline, court un petit chemin, né sous le château de Faverges, qui, après avoir longé la Fabrique de Soieries et vu sur son passage de vieilles mais pittoresques maisons, se hâte, en laissant la fontaine du Tové, de gagner Grangeneuve et Sainte-Colombe.

Lorsque les oisifs, assis au frais, autour de la fontaine, contemplent au loin le village de Saint-Ferréol si gracieusement établi dans le plus beau recoin du plateau de Faverges, la petite flèche de son blanc clocher, ces maisons groupées nombreuses, quand ils voient ce pays fortuné relié à Faverges par le Noyeray et le vignoble du Borbouillon et que leurs regards errent sur la plaine fertile et vont de la corne de la montagne de Nant-Belet aux deux pointes d'Arclosan, - ces oisifs ne se doutent pas que là, derrière eux, se trouve un massif qui recèle en son sein des merveilles qui s'empareraient de leur âme d'une manière bien plus saisissante que le beau paysage que nous venons de nommer.

La Fontaine qui bruit si doucettement à leur oreille en les invitant à s'assoupir, s'appelle La Fontaine du Tové. Ce nom caractéristique vous dit que l'intérêt du massif recèle en quantité de la chaux qui sort avec elle et s'étend sur la surface de la colline en croûtes de tuf.

Or, autrefois, au temps où les Mirmidons et les Gnômes, ces êtres à la petite taille, haut d'un demi-pied, à l'aspect bizarre, la tête plus grosse que ne le demandait le reste du corps, mais au corps et à l'âme actifs, groupaient des merveilles partout sur la surface du globe, comme les colonies de fourmis dans les grandes sapinières. Le Champ-Belon au-dessus de Faverges avait su attirer une nombreuse tribu de Gnômes.

Le point choisi avait des qualités spéciales pour attirer leur attention et les inviter à mettre en œuvre leurs aptitudes. C'était l'extrémité d'une colline, c'est-à-dire la base du Champ-Belon dont le crêt n'existait pas alors. Cette colline était assez élevée au-dessus de la plaine pour ne pas être exposée aux inondations et sa surface, qui s'étendait de la dent de Cons aux villages de Verchères et des Gras, était large assez pour les constructions dont les Gnômes avaient coutume.

Les Gnômes du Champ-Belon avait comme spécialité la construction en maçonnerie.

Aussitôt arrivés, ils se mirent à l’œuvre et bâtirent une ville. Ils étaient là, maniant la truelle et le marteau microscopiques, étendant les confins de leur cité, alignant les rues, bâtissant palais et demeures, taillant des blocs minuscules et délayant le lait de chaux, - sans fin, sans relâche, avec l'ardeur et la faculté des êtres qui n'ont pas la nécessité de s'arrêter pour le repos et l'alimentation. Ces petits êtres n'avaient, en effet, aucun besoin corporel, autre qu'une activité prodigieuse et la nécessité de se réunir nombreux, comme leurs cousines en construction les diligentes fourmis.

Leur ville, modèle en petit des cités de notre temps, avait ses canaux. La Fontaine du Pertuiset, qui sort de terre sur la route qui conduit à Tamié, fournissait le petit débit d'eau nécessaire aux Gnômes qui l'employaient : cette eau traversait le Champ-Belon dans toute sa largeur et après avoir servi à leur cité allait déboucher au Tové. Son volume était plus considérable qu'il ne l'est actuellement, parce que les hommes n'avaient pas encore pris la moitié de la source pour la conduire au château qui domine Faverges.

Petit à petit, s'étant étendus en surface et voulant se construire des travaux de défense, les Gnômes résolurent, suivant leur habitude, de bâtir en hauteur, en élevant au-dessus de leur propre ville, qui devint ainsi souterraine, un fort redoutable. Au bout de quelques siècles de ce travail, surgit au-dessus du point où est Faverges, entre cette ville et le village de Verchères, le Crêt de Champ-Belon. Puis ils poussèrent, vers les côtés où leur ville était ouverte, d'autres travaux de défense, et c'est ainsi qu'avancèrent leur promontoire, du côté du couchant, soit la pointe du château, soit celle de la Curiale ; tout à côté, la carrière de pierre noire actuelle servit de support à la sortie générale de la petite ville, qui se trouvait à la Biolle même.

De cette manière, les Gnômes s'étaient mis à l'abri des incursions de leurs ennemis.

La demeure souterraine était bâtie en matériaux blancs, tous faits de la chaux la plus étincelante ; mais le reste était composé de matériaux moins purs.

Nos amis les Gnômes vivaient actifs, ciselant toujours, bâtissant encore et remplissant leur vie sans fin de merveilles en maçonnerie et taille de pierre, pendant qu'une autre tribu de leurs parents, ceux-ci maréchaux et forgerons, dont nous raconterons quelque jour l'histoire, habitaient et travaillaient également sans relâche sous la montagne du Nant-Belet.

Mais les temps marchaient et le monde arrivant à une nouvelle période, nos Gnômes actifs virent un jour avec effroi arriver une race plus grande, bâtissant non plus comme eux, au centre des collines, mais toujours au grand air et durent, à la fin, partir pour des pays moins peuplés, abandonnant leurs merveilles microscopiques et leurs demeures à l'injure des siècles qui ne respectent rien.

Seules, quelques familles restèrent dans la ville abandonnée ; et de l'une d'entr'elles notamment sortirent les Sarvans familiers qui hantent les étables de la vallée.

Dans le temps de la splendeur gnômique, les eaux du canal de la cité qui débouchaient au Tové, au-dessous de la porte de la Biolle, étaient limpides et pures comme celles du ''Biel'' actuel de Faverges ; mais l'abandon forcé de la ville et le délabrement qui le suit toujours, accumulant ruines sur ruines, troublèrent la limpidité du petit fleuve souterrain des débris des anciennes constructions et depuis lors, la fontaine, qui en est toujours le déversoir, crépit la surface de la colline d'une éternelle couche de tuf. C'est de là que lui vient son nom de Tové.

Voudriez-vous sur place contrôler mon récit ? Asseyez-vous auprès de la fontaine, prêtez l'oreille et écoutez-la bruire dans son petit bassin ; ne croiriez-vous pas entendre le lointain et dernier murmure d'une ville qui s'endort ? …

Dans tous les cas, la propriété de la Biolle appartient encore à une vieille famille de maçons et d'entrepreneurs, à la famille Carrier, nom significatif attestant, lui aussi, la vérité de l'histoire que je raconte, et le dernier mais authentique représentant des Gnômes, amis du Tové, est un des membres de cette famille, une des intelligences de Faverges les plus vives dans un corps frêle.

D'autre part, la tribu nombreuse qui la première travailla comme une fourmilière et avec son activité connue sur le Champ-Belon, n'aurait-elle pas été la cause de ce que Faverges est devenue une ville industrielle et populeuse, et ne serait-ce pas à son influence, comme un sort heureux jeté sur ce petit pays que nous devrions la Soierie, ses usines, et sa grande population ouvrière ? Il y a des influences de ce genre sur les destinées de ce monde.

Le petit coin du Tové a séduit plus d'un esprit sérieux, charmé beaucoup d'âmes sensibles, reposé des corps fatigués et étanché la soif des voyageurs et des touristes avec son eau bienfaisante, dont les vertus sont un héritage des bons Gnômes, premiers colons du pays. Aussi n'a-t-elle rien à envier à des coins plus fortunés. La gloire lui a souri, on l'aime et on l'a chantée et en des vers qu'on n'oublie pas dans le pays de Faverges.

Et voilà ce qu'à l'oreille du promoteur qui, près d'elle, jouit du paysage que nous avons essayé de décrire, ou s'assoupit un instant pendant les beaux jours, voilà ce que raconte en son léger murmure La Fontaine du Tové.

Nota : Possesseurs de cartes, photos ou documents anciens : Confiez-les à l'association "Histoire et Patrimoine", Association des Sources du lac d'Annecy qui saura les valoriser au profit de la collectivité, comme elle le fait depuis plus de 40 années. (Ainsi, vos documents ne resteront pas remisés dans des tiroirs pour y dormir à jamais ou pour s'y perdre lors d'une succession).
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